Régulation et fiscalité des NFT : France, Europe et États-Unis

Comprendre le cadre légal et fiscal des NFT en France, en Europe (MiCA) et aux États-Unis (SEC) : PSAN, flat tax 30 %, seuil de 305 €, affaires Impact Theory, Stoner Cats, MetaBirkins…

Mis à jour le 25/11/2025 • 22 min de lecture • Par Équipe Kawlet
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Pourquoi la régulation des NFT est devenue un sujet central

Les NFT ne sont plus un simple phénomène spéculatif : ils sont désormais intégrés dans l’art, le jeu vidéo, le ticketing, la musique, la logistique ou encore le luxe.

Chaque fois qu’un NFT est émis, acheté, revendu ou utilisé pour accéder à un service, une question juridique sous-jacente se pose : de quel droit relève ce token ?

Selon les cas, un NFT peut être traité comme un actif numérique, une œuvre d’art, un droit de créance, voire, dans certains montages, comme un instrument financier.

Les législateurs européens, français et américains ont donc commencé à encadrer ces usages, souvent en adaptant des textes pensés pour d’autres catégories d’actifs.

Si vous découvrez à peine ce qu’est un NFT, commencez par le guide principal sur les NFT avant de plonger dans les détails réglementaires.

Les informations présentées sont générales et pédagogiques : elles ne constituent ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal personnalisé.

Cadre européen : MiCA et place des NFT

MiCA : le socle européen pour les crypto-actifs

Le règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets) est entré en vigueur en juin 2023 pour créer un cadre harmonisé pour les émetteurs de crypto-actifs et les prestataires de services dans l’Union européenne.

Les règles les plus strictes s’appliquent d’abord aux stablecoins à partir de juin 2024, puis au reste des crypto-actifs et aux prestataires de services à partir du 30 décembre 2024.

MiCA a vocation à remplacer progressivement les régimes nationaux comme la loi PACTE en France, avec une période transitoire qui court jusqu’au 1er juillet 2026 pour les prestataires déjà autorisés.

Les NFT sont-ils couverts par MiCA ?

MiCA part d’un principe simple : les NFT véritablement uniques et non fongibles, dont la valeur repose sur leurs caractéristiques individuelles, sont en principe exclus du champ du règlement.

Les considérants du texte précisent toutefois que cette exclusion ne doit pas être utilisée pour contourner les règles en émettant des séries entières de tokens prétendument « uniques » mais économiquement interchangeables.

Des collections de plusieurs milliers de NFT très proches, ou des NFT fractionnés en parts fongibles, peuvent ainsi être requalifiés en crypto-actifs ordinaires soumis à MiCA, même si chaque jeton possède un identifiant différent.

Concrètement, plus un projet s’apparente à un produit d’investissement standardisé, moins il peut espérer se cacher derrière l’étiquette « NFT artistique » pour échapper à MiCA.

Calendrier d’application et impacts pratiques

Depuis le 30 décembre 2024, les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) doivent en principe disposer d’un agrément MiCA pour opérer dans l’Union européenne, avec une fenêtre de transition possible jusqu’en 2026 pour les acteurs déjà enregistrés localement.

Les émetteurs de tokens utilitaires ou de tokens de paiement doivent publier un whitepaper conforme et respecter des obligations d’information, de gouvernance et de protection des clients.

Les projets NFT « génériques », c’est-à-dire ceux dont les tokens sont émis en série, utilisés comme support spéculatif et présentés comme un investissement, doivent se préparer à être analysés à la lumière de MiCA plutôt que comme de simples collectibles.

France : statut PSAN et position de l’AMF sur les NFT

Le régime PSAN issu de la loi PACTE

En France, la loi PACTE de 2019 a créé le statut de prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) pour encadrer les plateformes, brokers, dépositaires et autres intermédiaires opérant sur crypto-actifs.

Un PSAN doit s’enregistrer auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) lorsqu’il fournit certains services comme la conservation, l’achat-vente contre monnaie fiduciaire ou l’exploitation d’une plateforme de trading.

Depuis le 1er janvier 2024, l’enregistrement « renforcé » impose des exigences supplémentaires en matière de gouvernance, de contrôle interne, de cybersécurité et de protection de la clientèle.

Comment l’AMF traite les NFT dans ce cadre

Le droit français définit les « actifs numériques » comme des jetons ou des représentations numériques de valeur pouvant être échangés sur un registre distribué, qu’ils soient fongibles ou non.

Dans une foire aux questions dédiée, l’AMF a précisé qu’un NFT peut être qualifié d’actif numérique lorsqu’il donne accès à des biens ou services, et a rappelé que la fongibilité n’est pas un critère déterminant pour entrer dans cette catégorie.

Un marketplace qui liste des NFT conférant des droits économiques ou utilitaires à leurs détenteurs peut donc être considéré comme un PSAN et être soumis aux obligations d’enregistrement et de conformité.

Transition du régime PSAN vers MiCA

MiCA introduit au niveau européen un nouveau statut de prestataire de services sur crypto-actifs (CASP), qui remplacera à terme le statut PSAN français pour les acteurs opérant en Europe.

Les PSAN déjà enregistrés en France bénéficient d’une période transitoire pour basculer vers l’agrément CASP, en principe jusqu’au 1er juillet 2026, sous réserve des choix définitifs du législateur français.

Pour un projet NFT ciblant des utilisateurs européens, la question clé n’est plus seulement « ai-je besoin d’un enregistrement PSAN ? » mais « mon activité doit-elle devenir CASP sous MiCA ? ».

France : fiscalité des NFT pour les particuliers

Le régime de base : la flat tax sur les actifs numériques

En France, les plus-values réalisées par un particulier sur des actifs numériques relèvent en principe de l’article 150 VH bis du Code général des impôts.

Par défaut, ces gains sont taxés au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % qui se décompose en 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux.

Ce régime s’applique normalement aux particuliers agissant à titre non professionnel, pour des opérations ponctuelles ou de gestion de patrimoine.

Seuil de 305 € et opérations imposables

Les cessions annuelles d’actifs numériques sont exonérées lorsque le montant total des ventes de l’année n’excède pas 305 €, tous actifs numériques confondus.

Ce seuil porte sur le montant cumulé des prix de cession, et non sur le montant de la plus-value nette.

La taxation intervient lorsque vous convertissez vos NFT ou vos cryptomonnaies en monnaie fiduciaire, ou lorsque vous les utilisez pour payer un bien ou un service.

Échanges NFT-crypto : un traitement neutre

Lorsque vous vendez un NFT contre de l’ether ou une autre cryptomonnaie, l’opération est en principe considérée comme un échange entre deux actifs numériques, sans imposition immédiate.

La plus-value latente est alors « reportée » et ne sera prise en compte que lorsque vous convertirez ultérieurement ces crypto-actifs en euros ou en biens et services.

Cette neutralité apparente ne supprime pas l’impôt, elle déplace simplement le moment où la plus-value sera cristallisée et calculée.

Déclaration, formulaire 2086 et cas particuliers

Les cessions imposables d’actifs numériques doivent être déclarées au moyen du formulaire n° 2086, annexé à la déclaration annuelle de revenus.

Ce formulaire récapitule les prix de cession, le prix d’acquisition global du portefeuille d’actifs numériques et la plus-value nette réalisée sur l’année fiscale.

Si votre activité de trading NFT devient habituelle, fortement spéculative ou assimilable à une activité professionnelle, l’administration peut tenter de requalifier vos gains dans une autre catégorie (BIC ou BNC), avec un traitement fiscal différent.

Lorsque le NFT est analysé comme une œuvre d’art ou comme un bien meuble au sens du droit français, d’autres régimes spécifiques peuvent théoriquement s’appliquer, mais la qualification reste incertaine et doit être sécurisée avec un professionnel.

Problèmes de qualification juridique des NFT

Actif numérique au sens du Code monétaire et financier

Le Code monétaire et financier définit le jeton comme un bien incorporel représentant des droits, inscrit sur un dispositif d’enregistrement électronique partagé, quelle que soit sa fongibilité.

Un NFT qui donne accès à un service, à une utilité ou à un avantage économique s’inscrit naturellement dans cette définition d’actif numérique.

Dans ce cas, le régime PSAN et, demain, le régime CASP MiCA, deviennent pertinents pour les plateformes qui listent, conservent ou échangent ces tokens.

Œuvre d’art, bien meuble et conséquences fiscales

Un NFT purement artistique pourrait, dans certains cas, être rapproché du régime des œuvres d’art, qui prévoit notamment une taxe forfaitaire sur le prix de cession ou un régime de plus-value avec abattement dans le temps.

Un NFT utilitaire ou un NFT donnant droit à un actif tangible peut aussi être analysé comme la représentation d’un bien meuble incorporel avec, là encore, un régime spécifique en matière de plus-value.

En pratique, l’administration et la jurisprudence manquent encore de recul, de sorte que la prudence impose de documenter précisément la nature juridique du projet et la fonction concrète du NFT.

États-Unis : la SEC et les NFT

Le test de Howey appliqué aux NFT

La Securities and Exchange Commission (SEC) applique aux NFT le même test que pour les autres crypto-actifs : un token peut devenir une « security » s’il correspond à un investissement d’argent dans une entreprise commune, avec une attente de profit dépendant principalement des efforts d’autrui.

Lorsque des NFT sont commercialisés comme des investissements, financent un projet entrepreneurial et promettent indirectement des gains aux acheteurs, la SEC considère qu’ils doivent respecter le droit des valeurs mobilières.

Impact Theory : première action de la SEC sur des NFT

En août 2023, la SEC a sanctionné la société Impact Theory pour une offre non enregistrée de NFT assimilés à des titres financiers, après une levée d’environ 30 millions de dollars.

Selon l’ordre de la SEC, la société avait présenté ses « Founder’s Keys » comme des investissements dans le succès futur de l’entreprise, créant une attente de profit liée à ses efforts d’exécution.

Impact Theory a accepté de payer environ 6,1 millions de dollars et de détruire les NFT restants, sans reconnaître ni nier les faits, ce qui en fait un précédent majeur pour les offres NFT assimilées à des fundraising.

Stoner Cats : web-série et royalties sur revente

En septembre 2023, la SEC a également poursuivi Stoner Cats 2 LLC pour une offre non enregistrée d’environ 10 000 NFT vendus 800 $ pièce, destinés à financer une série animée.

La SEC a mis en avant la communication marketing, la promesse implicite de hausse de valeur et la mise en place d’une redevance de 2,5 % sur chaque revente comme éléments renforçant l’analyse en termes de valeurs mobilières.

La société a accepté un « cease-and-desist » et une amende d’un million de dollars, ainsi que la destruction des NFT détenus, confirmant la volonté de la SEC de traiter certains projets NFT comme de véritables offres de titres.

OpenSea : du Wells notice à la clôture de l’enquête

En août 2024, OpenSea a annoncé avoir reçu une « Wells notice » indiquant que la SEC envisageait une action contre la marketplace, au motif qu’elle pourrait opérer comme une bourse de valeurs mobilières non enregistrée.

OpenSea a publiquement contesté cette analyse, estimant que les NFT listés sur sa plateforme sont principalement des œuvres, des objets de collection et des items de jeu, et non des titres financiers.

En février 2025, des médias américains ont rapporté que la SEC avait finalement informé OpenSea qu’elle classait l’enquête, signe d’un repositionnement partiel de l’agence sur les NFT et, plus largement, sur les crypto-actifs.

Un cadre américain encore très incertain

Les décisions de la SEC sur Impact Theory, Stoner Cats et les discussions autour d’OpenSea montrent que l’agence raisonne au cas par cas, sans texte spécifique dédié aux NFT.

Pour un projet qui cible des acheteurs américains, la qualification en « security » dépendra autant de la structure du projet que du discours marketing, des promesses implicites et du rôle économique des NFT.

Les faits essentiels de l’affaire MetaBirkins

En 2021, l’artiste Mason Rothschild a lancé une collection d’environ cent NFT représentant des sacs Birkin d’Hermès recouverts de fourrure colorée, sous la marque « MetaBirkins ».

Hermès a estimé que ces NFT exploitaient sa marque sans autorisation et créaient une confusion sur une éventuelle association de la maison de luxe au projet.

Le verdict de 2023 et les dommages accordés

En février 2023, un jury fédéral à New York a jugé que les MetaBirkins enfreignaient les droits de marque d’Hermès et constituaient un cybersquattage autour du nom Birkin.

Le jury a accordé 133 000 $ à Hermès, correspondant notamment aux profits estimés de Rothschild sur la vente initiale et les royalties perçues sur le marché secondaire.

Le juge a ensuite prononcé une injonction permanente interdisant à l’artiste de promouvoir ou de tirer profit des MetaBirkins, confirmant la portée du jugement sur le long terme.

Un appel en cours devant la Cour d’appel du Second Circuit

En novembre 2023, Mason Rothschild a interjeté appel devant la Cour d’appel du Second Circuit, contestant notamment la manière dont le juge de première instance a appliqué le test Rogers relatif à la liberté d’expression artistique.

En octobre 2024, l’audience d’appel s’est concentrée sur l’équilibre entre protection des marques et liberté artistique, certains juges s’interrogeant sur le risque de verrouiller toute référence critique aux marques dans les œuvres numériques.

À la date de rédaction de ce guide, l’arrêt définitif n’est pas encore rendu, mais l’affaire constitue déjà un précédent clé pour tous les projets NFT inspirés de marques de luxe existantes.

Conséquences pour les créateurs de collections NFT

Hermès vs MetaBirkins rappelle qu’un NFT ne « neutralise » pas les droits de marque : représenter un produit iconique sans autorisation peut être considéré comme une contrefaçon, même si l’œuvre est numérique.

Le fait qu’un projet ait une intention artistique ou critique ne suffit pas à écarter le risque juridique lorsque la marque est utilisée comme signe distinctif pour désigner la collection elle-même.

Plus un projet NFT ressemble à une ligne de produits dérivés portant la marque d’autrui, plus le risque de litige est élevé, surtout si la communication laisse planer une ambiguïté sur une éventuelle collaboration officielle.

Comment naviguer dans ce paysage réglementaire

Si vous êtes un particulier français qui achète des NFT

Définissez d’abord votre profil : détenteur long terme, collectionneur ou trader actif, car la frontière entre gestion patrimoniale et activité quasi professionnelle peut avoir un impact fiscal significatif.

Gardez un historique précis de vos achats, ventes, échanges NFT-crypto et conversions en euros, afin de pouvoir compléter le formulaire 2086 et justifier vos chiffres en cas de contrôle.

Évitez de participer à des projets ambigus qui promettent des rendements financiers sans cadre clair : ils peuvent tomber sous des réglementations de valeurs mobilières, surtout si vous interagissez avec des plateformes étrangères.

Si vous lancez un projet NFT en Europe

Clarifiez la nature de votre token : simple collectible artistique, accès à une communauté, droit sur un actif sous-jacent ou véritable instrument financier.

Analysez votre modèle à la lumière de MiCA : si vos tokens sont émis en série standardisée et présentés comme un investissement, vous risquez d’entrer dans le champ des crypto-actifs régulés.

Vérifiez si votre activité implique des services de conservation, d’échange ou de fonctionnement de marketplace, ce qui pourrait vous placer dans le périmètre PSAN aujourd’hui, puis CASP demain.

Si vous ciblez des acheteurs aux États-Unis

Supposez par défaut que la SEC examinera votre projet au prisme du test de Howey, surtout si vos NFT servent à financer votre activité et si votre communication évoque une possible hausse de valeur.

Évitez tout message marketing laissant entendre que les acheteurs « investissent » dans votre entreprise ou recevront automatiquement une part de vos revenus futurs, sauf à vous placer volontairement dans un cadre régulé.

Si vous n’avez pas de conseil local, limitez votre exposition en restreignant contractuellement la vente aux résidents de juridictions mieux maîtrisées, même si cela ne remplace pas un véritable avis juridique.

FAQ – Régulation et fiscalité des NFT

Les NFT sont-ils couverts par le règlement MiCA ?

MiCA exclut en principe les NFT « uniques et non fongibles », mais la Commission et l’ESMA considèrent qu’une grande série de tokens très similaires ou fractionnés peut être traitée comme fongible et donc entrer dans le champ du règlement.

Comment sont imposées les plus-values NFT en France ?

En pratique, les gains sur NFT sont généralement intégrés au régime des actifs numériques : flat tax de 30 % sur la plus-value réalisée lors de la conversion en euros ou de l’utilisation pour payer un bien ou un service, sous réserve de l’exonération de 305 € de cessions annuelles.

Un échange NFT contre cryptomonnaie est-il imposable ?

Un échange NFT contre crypto est généralement considéré comme une opération entre actifs numériques, sans imposition immédiate, la plus-value étant calculée lors d’une conversion ultérieure en monnaie fiduciaire ou en biens et services.

Un NFT peut-il être une valeur mobilière aux États-Unis ?

Oui, la SEC a déjà qualifié des NFT de titres financiers lorsqu’ils étaient vendus pour financer un projet, accompagnés d’un discours axé sur les profits futurs et assortis de mécanismes de royalties sur les reventes.

Que montre l’affaire Hermès vs MetaBirkins pour les créateurs NFT ?

Cette affaire rappelle qu’un projet NFT peut violer des droits de marque existants, même s’il se présente comme artistique : utiliser un signe distinctif d’autrui comme nom de collection et comme élément central du branding reste risqué.

Aller plus loin sur la régulation des NFT

Guides complémentaires

Pour replacer ces notions dans le paysage global des NFT, consultez le guide principal sur les NFT qui définit la technologie, les cas d’usage et l’histoire du secteur.

Pour comprendre les risques opérationnels (scams, rug pulls, phishing), référez-vous au guide sur les risques et arnaques NFT.

Pour approfondir l’impact environnemental des NFT et la transition d’Ethereum vers le Proof of Stake, consultez notre guide NFT et environnement.