Histoire des NFT : des Colored Coins à l'explosion de 2021

Découvrez l'histoire des NFT, des premiers Colored Coins sur Bitcoin jusqu'à l'explosion de 2021 avec Beeple, CryptoPunks et Bored Ape Yacht Club.

Mis à jour le 24/11/2025 • 15 min de lecture • Par Équipe Kawlet
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Pourquoi l’histoire des NFT est importante

Les jetons non fongibles (NFT) ne sont pas apparus soudainement avec les Bored Apes en 2021.

Ils sont le résultat de plus de dix années d’expérimentations sur la blockchain, les actifs numériques et la preuve de propriété.

Comprendre cette chronologie permet de distinguer l’innovation réelle de la simple spéculation.

Ce guide historique complète notre guide principal sur les NFT, qui se concentre sur la définition, les usages actuels et l’état du marché.

Avant les NFT : la blockchain comme registre de propriété

Bitcoin et le registre distribué

La première brique des NFT est le Bitcoin, décrit en 2008 dans le livre blanc de Satoshi Nakamoto comme un système de paiement électronique pair à pair.

La blockchain Bitcoin est un registre distribué qui enregistre des transactions dans des blocs chaînés, afin de suivre les soldes des portefeuilles sans intermédiaire central.

Chaque nœud du réseau conserve une copie du registre et valide le même état grâce à un mécanisme de consensus.

Les limites de Bitcoin pour les actifs uniques

Dans Bitcoin, l’unité manipulée est le bitcoin, qui est un actif fongible et interchangeable.

Le protocole ne distingue pas un bitcoin d’un autre bitcoin : seuls les montants par adresse sont suivis.

Ce modèle convient à une monnaie numérique, mais il n’est pas conçu pour représenter des objets uniques comme une œuvre d’art ou un titre de propriété.

2012–2015 : Colored Coins et premières expérimentations

Le principe des Colored Coins sur Bitcoin

Les Colored Coins apparaissent vers 2012 pour étendre l’usage de la blockchain Bitcoin à d’autres actifs que la simple monnaie.

L’idée consiste à “colorer” une petite quantité de bitcoins pour indiquer qu’elle représente un actif spécifique, par exemple une action, un bon de réduction ou un droit d’accès.

Cette “couleur” est interprétée par des logiciels compatibles, qui considèrent cet UTXO comme la représentation d’un actif du monde réel.

Les Colored Coins constituent ainsi un ancêtre direct des NFT, même s’ils ne sont pas encore nommés comme tels.

Exemple concret : la location de voitures avec Colored Coins

Imaginons une société de location de voitures qui émet un Colored Coin pour représenter chaque véhicule de sa flotte.

Chaque voiture est configurée pour ne démarrer que si elle reçoit un message signé par la clé privée qui détient le Colored Coin correspondant.

Un client peut acheter le Colored Coin d’un véhicule pour une période donnée, puis utiliser une application mobile pour signer les messages d’ouverture.

Le client peut ensuite revendre ce Colored Coin à un autre utilisateur, transférant ainsi le droit d’usage du véhicule pendant la durée restante.

Les raisons de l’échec des Colored Coins

Les Colored Coins restent une expérimentation limitée, car la blockchain Bitcoin n’est pas conçue pour gérer efficacement des actifs complexes et fortement personnalisés.

Le langage de script de Bitcoin est volontairement restreint, ce qui réduit la flexibilité pour exprimer des logiques d’actifs non fongibles.

Dans la pratique, les Colored Coins ont surtout servi de base de données rudimentaire et sont restés confinés à une niche.

Malgré ces limites, ces expérimentations ont ouvert la voie à une réflexion plus large sur la tokenisation d’actifs et la propriété numérique.

2016 : Rare Pepe et la naissance du cryptoart

Rare Pepe Wallet et les cartes numériques

Entre 2014 et 2015, le mème Pepe the Frog se diffuse massivement sur Internet, notamment sur 4chan.

En 2016, le projet Rare Pepe Wallet, créé par Joe Looney, permet de transformer ces mèmes en cartes numériques à collectionner sur la blockchain.

Chaque carte Rare Pepe est un actif numérique unique que les utilisateurs peuvent créer, acheter, vendre, échanger ou offrir.

Rare Pepe Wallet préfigure l’écosystème du cryptoart en combinant culture Internet, rareté numérique et propriété vérifiable sur la blockchain.

Homer Pepe, première star du cryptoart

Parmi ces cartes, Homer Pepe, un morphing entre Homer Simpson et Pepe, devient emblématique du cryptoart naissant.

Lors du Rare Digital Art Festival à New York en 2018, Homer Pepe est vendu pour 38 500 dollars, un record pour un actif de ce type à l’époque.

En 2021, la même carte est revendue pour 205 ETH, soit environ 320 000 dollars, ce qui illustre la montée en valeur de certains actifs numériques rares.

Homer Pepe montre qu’une œuvre purement digitale, liée à un jeton, peut acquérir une valeur significative sur le marché de l’art.

2017 : CryptoPunks, CryptoKitties et l’émergence des standards

CryptoPunks, premiers avatars génératifs sur Ethereum

En 2017, John Watkinson et Matt Hall, fondateurs de Larva Labs, lancent CryptoPunks sur la blockchain Ethereum.

Le projet propose 10 000 personnages de style 8-bit générés de manière algorithmique, chacun avec une combinaison unique de traits.

Les CryptoPunks sont distribués gratuitement aux utilisateurs disposant d’un portefeuille Ethereum, seuls les frais de transaction (gas) étant à leur charge.

Ce projet introduit la logique de generative art à grande échelle et montre comment un simple bout de code peut créer une collection entière d’avatars uniques.

La standardisation avec ERC-20 et la naissance d’ERC-721

Avant les NFT, Ethereum s’appuie principalement sur la norme ERC-20 pour les jetons fongibles, comme les jetons de gouvernance ou de staking.

ERC-20 définit une interface standard pour gérer des soldes interchangeables, ce qui convient mal à des actifs uniques.

CryptoPunks sont implémentés en modifiant ERC-20 pour simuler des jetons non fongibles, car la norme dédiée n’existe pas encore.

Cette approche inspirera la formalisation de ERC-721, la norme de référence pour les NFT qui associe un identifiant unique à chaque jeton.

CryptoKitties, le jeu qui a congestionné Ethereum

En 2017, le jeu CryptoKitties permet aux utilisateurs d’acheter, d’élever et d’échanger des chats virtuels sur Ethereum.

Chaque chat est un NFT unique avec ses propres attributs, et les utilisateurs peuvent en créer de nouveaux en “reproduisant” deux chats existants.

Le succès est tel que le jeu provoque une congestion massive du réseau Ethereum, faisant exploser les frais de transaction et ralentissant l’ensemble de l’écosystème.

CryptoKitties démontre que les NFT peuvent générer une demande réelle, mais aussi que l’infrastructure doit évoluer pour supporter ce type d’usage.

2018–2020 : naissance des places de marché NFT

OpenSea, SuperRare, Rarible et Nifty Gateway

À partir de 2018, plusieurs plateformes spécialisées émergent pour faciliter l’achat et la vente de NFT.

OpenSea se positionne comme une place de marché généraliste, tandis que SuperRare et Nifty Gateway se concentrent davantage sur l’art numérique.

Rarible met l’accent sur la création facile de collections et introduit des mécanismes de gouvernance via son propre jeton.

Ces plateformes créent l’infrastructure nécessaire pour que les artistes, développeurs et collectionneurs puissent interagir sans friction.

Montée en puissance de l’art numérique et des collectibles

Sur la blockchain Ethereum, le premier trimestre 2020 enregistre environ 633 000 ventes de NFT pour une valeur totale de plus de 9 millions de dollars.

Au dernier trimestre de 2020, le nombre de ventes tombe à environ 180 000, mais la valeur totale dépasse 20 millions de dollars.

Le volume de ventes diminue tandis que la valeur moyenne des NFT augmente, signe d’un intérêt croissant pour des actifs plus qualitatifs.

Cette période prépare l’explosion de visibilité que connaîtront les NFT en 2021 auprès du grand public.

2021 : l’année de la bascule grand public

Beeple et la vente Christie’s à 69,3 millions de dollars

En mars 2021, l’artiste numérique Beeple met en vente son œuvre Everydays — The First 5000 Days chez la maison de vente aux enchères Christie’s.

L’œuvre est cédée pour 69,3 millions de dollars, ce qui en fait la troisième œuvre la plus chère jamais vendue pour un artiste vivant à cette date.

Cette vente établit un précédent en intégrant les NFT dans le marché de l’art traditionnel et en légitimant le cryptoart auprès d’un public institutionnel.

Elle attire l’attention des médias généralistes et contribue à faire des NFT un sujet de conversation global.

Bored Ape Yacht Club et la culture PFP

En 2021, la collection Bored Ape Yacht Club (BAYC) propose 10 000 singes générés aléatoirement, chacun avec des traits plus ou moins rares.

Chaque NFT donne accès à une communauté privée, à des événements et à des avantages exclusifs pour les détenteurs.

Les propriétaires utilisent leurs Bored Apes comme images de profil (PFP, Picture For Profile) sur les réseaux sociaux, ce qui renforce l’aspect identitaire.

Des personnalités comme Stephen Curry ou Omar Sy adoptent ce type d’avatars, ce qui amplifie la visibilité du phénomène.

Explosion des volumes et arrivée des marques

En 2021, les volumes d’échange de NFT atteignent des dizaines de milliards de dollars, avec un pic de spéculation sur les collections les plus visibles.

Les NFT d’images de profil, de collectibles et de generative art dominent les discussions et les places de marché.

Des marques comme Nike, Adidas, Gucci ou Dolce & Gabbana lancent leurs propres projets NFT, souvent associés à des produits physiques.

Cette convergence entre art numérique, culture Internet, communautés et grandes marques marque la bascule des NFT dans la culture populaire.

Et après 2021 ?

Après 2021, le marché des NFT connaît une phase de correction profonde, avec une chute brutale des volumes et des prix pour la majorité des collections.

Cette période voit aussi l’émergence de cas d’usage plus utilitaires comme le ticketing, la musique, la supply chain ou les expériences phygitales.

Pour analyser en détail l’évolution du marché entre 2022 et 2025, vous pouvez consulter notre analyse dédiée du marché des NFT 2022-2025.

Ce guide historique se concentre sur la genèse des NFT et s’arrête volontairement à l’explosion de 2021 pour préserver une vue claire et chronologique.

Aller plus loin sur les NFT

Si vous découvrez les NFT, commencez par notre guide principal sur les NFT qui couvre la définition, le fonctionnement, les usages en 2025 et les risques.

Pour comprendre plus précisément la place de l’art numérique et du generative art dans cet écosystème, consultez notre guide sur les NFT et l’art numérique.

Si vous vous intéressez surtout aux enjeux économiques récents, notre article sur le marché NFT 2022-2025 détaille la bulle spéculative et la phase de maturation qui a suivi.

FAQ – Histoire des NFT

Quand est apparu le premier NFT ?

Le concept de jeton représentant un actif unique apparaît dès 2012 avec les Colored Coins sur Bitcoin.

Le terme NFT et la norme ERC-721 se concrétisent ensuite sur Ethereum à partir de 2017.

Pourquoi les Colored Coins sont-ils considérés comme des ancêtres des NFT ?

Les Colored Coins “colorent” une petite quantité de bitcoins pour indiquer qu’elle représente un actif spécifique, comme un bon ou une action.

Ils introduisent l’idée d’associer un jeton numérique à un actif unique, même si la mise en œuvre technique reste limitée sur Bitcoin.

En quoi CryptoPunks est-il un projet historique pour les NFT ?

CryptoPunks est l’une des premières grandes collections d’avatars génératifs sur Ethereum, avec 10 000 personnages uniques créés par code.

Le projet a inspiré la norme ERC-721 et a servi de référence pour de nombreuses collections ultérieures d’images de profil.

Qu’est-ce qui a rendu CryptoKitties si important dans l’histoire des NFT ?

CryptoKitties a été le premier jeu grand public basé sur des NFT, dans lequel chaque chat virtuel était un jeton unique.

Son succès a temporairement saturé la blockchain Ethereum, montrant à la fois la demande pour ce type d’actifs et les limites techniques de l’époque.

Pourquoi 2021 est-elle souvent décrite comme “l’année des NFT” ?

En 2021, la vente de Beeple chez Christie’s et l’explosion de collections comme Bored Ape Yacht Club ont propulsé les NFT dans les médias grand public.

Les volumes d’échange ont atteint des niveaux records et de nombreuses marques ont lancé leurs propres projets, faisant des NFT un phénomène culturel global.